Lettre ouverte à Monsieur Nicolas Sarkozy,
Président de la République Française
Pékin, le 22 novembre 2007
Objet : Avenir du Lycée Français à Pékin
Monsieur le Président,
Votre visite en Chine, aux enjeux politiques et économiques majeurs pour notre pays, est aussi l’occasion pour les nombreux parents d’élèves que nous représentons, de vous faire part de l’inquiétude croissante de la communauté éducative française et francophone de Pékin.
Depuis 10 ans maintenant, le Lycée Français de Pékin est confronté à un problème de croissance régulière de ses effectifs, conséquence directe du développement considérable qu’a connu la Chine au cours de ces dernières années. Des solutions intermédiaires ont été mises en œuvre, avec l’aide de l’Ambassade, par l’association gestionnaire du Lycée Français de Pékin au début des années 2000, avec la construction d’un second site pour la maternelle et d’un bâtiment supplémentaire sur le site principal.
La très forte croissance des effectifs ainsi que les impératifs évidents de sécurité et de fonctionnement des différents sites ont rapidement fait ressortir la nécessité de promouvoir le développement d’un nouveau site global pour le Lycée Français de Pékin susceptible d’accueillir durablement l’ensemble des élèves, à l’image de ce qui a été réalisé par certains de nos partenaires européens. L’association gestionnaire a mobilisé ses équipes pendant plusieurs mois au cours de l’année 2005 pour travailler sur ce projet de construction d’un site unique et étudier la possibilité d’une participation privée au financement sous forme de parts de fondateurs.
L’Agence pour l’Enseignement Français à l’Etranger (AEFE), sous la tutelle du Ministère des Affaires Etrangères, a souhaité le passage en gestion directe de l’Etablissement avec l’objectif d’un projet de construction pour les classes du secondaire sur le futur campus diplomatique de l’Ambassade de France. Cette décision, communiquée aux parents d’élèves en juin 2005 par l’Ambassadeur alors en fonction, a pris effet le 15 février 2006, date de publication de l’arrêté.
Depuis cette date, les déconvenues se sont multipliées. Le projet immobilier sur le campus diplomatique, principale justification du passage en gestion directe, a été abandonné quelques semaines seulement après la publication de l’arrêté. Votre prédécesseur, en visite officielle à Pékin en novembre 2006, avait évoqué la relocalisation prochaine du lycée dans un « cadre rénové ». Cependant, aucune des visites de sites potentiels au cours de l’année scolaire 2006-2007 n’ont permis d’entrevoir de solution satisfaisante.
Il devenait urgent de trouver une solution intermédiaire pour accueillir décemment les quelque 1000 élèves de la rentrée de septembre 2007. Les classes de CP avaient déjà migré sur le site de la maternelle en septembre 2005 et les classes de 5e avaient inauguré en septembre 2006 les salles de préfabriqué sur le toit d’un bâtiment.
La délocalisation des classes de lycée (secondes, premières, terminales) s’imposait alors, et un premier site a été proposé aux parents fin juin 2007. Ce projet n’a pas abouti. A la rentrée de septembre 2007, un autre site était envisagé pour un déménagement initialement prévu au retour des vacances de Toussaint, mais à ce jour le bail n’est toujours pas signé ce qui, pratiquement, compromet gravement ce transfert pour l’année scolaire en cours. Il faut néanmoins espérer que ce bail soit finalisé pour assurer une rentrée scolaire en septembre 2008 dans des conditions acceptables.
Aujourd’hui la situation des élèves est plus que préoccupante : les locaux ne sont plus du tout adaptés. En découlent notamment :
- des problèmes de sécurité,
- des emplois du temps très chargés : les cours s’étalent de 8h30 à 19h00 le soir pour certains, avec des plages horaires non utilisées, que les élèves ont du mal à mettre à profit faute de salle disponible pour étudier ; l’hiver, ce problème d’espace prend toute son importance compte tenu du climat pékinois, glacial 3 mois durant,
- un espace restreint pour la restauration scolaire : elle prend place dans le gymnase transformé chaque jour à ces fins à l’heure du déjeuner! Les conditions requises d’hygiène et de qualité ne peuvent pas être assurées pleinement.
- l’absence de foyer pour les collégiens et lycéens,
- l’absence d’installations sportives extérieures.
- sans espace de vie convivial, les collégiens et lycéens se retrouvent dans les bars et cafés environnants, nombreux dans ce quartier de Sanlitun, où la vente d’alcool aux mineurs n’est pas contrôlée.
Les conditions d’enseignement se dégradent ainsi davantage chaque année alors que les frais d’écolage sont de plus élevés, rendant la situation d’autant moins acceptable pour les parents d’élèves.
Si l’association se doit de souligner le travail remarquable de l’équipe de direction du lycée et de son personnel pour accueillir au mieux les élèves dans ces locaux surpeuplés, ce travail ne saurait se substituer aux obligations qui pèsent sur l’Etat d’assurer son rôle de puissance publique et de prendre les mesures qui s’imposent pour faire face à ce qui est aujourd’hui devenu une impérieuse nécessité.
Nos élus, Représentants et Sénateurs des Français de l’étranger, sont bien informés de cette situation. Les représentants de l’Etat, en la personne de l’Ambassadeur de France en Chine Monsieur Hervé Ladsous et toute son équipe à l’Ambassade, ainsi que l’AEFE et son représentant à Pékin pour la zone Asie, sont mobilisés pour trouver une solution immobilière au lycée français de Pékin.
Cependant, à ce jour, aucun projet acceptable et viable n’a été proposé. C’est pourquoi nous nous permettons d’attirer votre attention sur la situation actuelle, qui nécessite une solution rapide à court terme et une solution globale pérenne à moyen terme, sachant que les baux des deux sites actuels arriveront à échéance en 2010 et seront difficilement reconductibles.
Les parents sont déçus car le passage en gestion directe n’a, pour l’instant et en aucune manière, apporté de solution au problème immobilier. Ils s’inquiètent. La communauté des affaires également, qui ne saurait attirer des expatriés pour gérer l’expansion en Chine des entreprises françaises si leurs enfants ne peuvent bénéficier de conditions de scolarisation satisfaisantes.
Au-delà de la polémique entre gestion privée et gestion publique, il nous semble essentiel que toutes les synergies et sources de financement possibles soient étudiées et mises en œuvre pour concevoir enfin un lycée français à Pékin qui soit à la mesure de l’image que la France veut se donner à l’étranger - des élèves de plus de 40 nationalités différentes sont scolarisés - et le témoin de son rayonnement en Chine.
Ce que nous demandons, par votre intermédiaire, c’est tout simplement de disposer d’un établissement scolaire digne de ce nom, qui réponde aux attentes des français et francophones, de plus en plus nombreux à Pékin à vouloir scolariser leurs enfants dans le système éducatif français.
Nous vous remercions dès à présent de l’attention que vous voudrez bien porter à ce dossier, essentiel pour notre communauté.
Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’expression de ma très haute considération.
Pour l’Association des Parents du Lycée International de Pékin, sa présidente,
Laurence Legré